L’éditorial : la menace GBL

A la une, L'actu du CHRD, Le SNEG — 3 mai 2018

Olivier040518
Durant mon parcours professionnel dans le monde de la nuit, j’ai vu apparaître de nombreuses drogues, toutes plus dangereuses les unes que les autres, bien loin du breuvage magique que prenait Astérix pour être plus fort et plus grand…

Aujourd’hui, une drogue de synthèse fait des ravages dans nos établissements ou dans des soirées privées entrainant coma, malaise et même la mort. Le GBL (Gamma-ButyroLactone) est un solvant à peinture qui une fois ingéré, se transforme en GHB, longtemps connu sous le nom de «  drogue du violeur » et de plus en plus consommée de manière récréative. Ses effets désinnhibants et le sentiment de plaire et de plaisir qu’il procure attirent un jeune public.

Le SNEG & CO et ses partenaires du Collectif Action Nuit ont tiré la sonnette d’alarme au plus haut des autorités de police et de sané afin que ce fléau soit stoppé au plus vite. Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas rester impuissants et isolés par un tel engrenage dans nos établissements, même si objectivement, le phénomène nous dépasse. Il est là question d’un mal de la société qui affecte bien d’autres milieux que celui de la nuit et de la fête.

Pourtant, nos établissement souffrent de cette frénésie de clients qui veulent se «  défoncer » au plus vite et encore plus longtemps.

Comme je le répète souvent, je suis pour la liberté individuelle de chacun et je ne porte pas de jugement sur ces pratiques. En revanche,  je ne peux admettre que nos établissements soient considérés comme responsables en cas d’absorption de ces drogues prises bien souvent avant d’arriver dans nos lieux. Je ne peux admettre non plus que la seule réponse des autorités consiste à de notifier des fermetures administratives qui, si elles pénalisent socialement et économiquement les établissements concernés bien malgré eux, elles n’ont aucun impact sur la consommation de produits, les usagers iront en prendre dans un autre lieu ou dans leur appartement.

C’est la responsabilité du consommateur qui doit être mise en cause, qui ne prend en compte ni les messages de prévention, ni les politiques de réduction des risques et met en danger les établissements qu’il fréquente.

Parce que c’est un véritable problème de Santé Publique, c’est aussi la responsabilité de l’Etat qui est engagée quand rien n’est fait pour encadrer, voire interdire les ventes de ces drogues de synthèse sur Internet.

Sur internet, le litre est à 70 €, une dose de 1 ml coûte donc environ 7 centimes à l’usager… C’est beaucoup moins cher que le prix de nos consommations et 10 fois plus efficace pour l’effet recherché, seul le goût est désagréable. La consommation d’alcool, 6 heures avant et 6 heures après l’absorption étant un indispensable facteur de sécurité, ce produit n’a d’autant plus rien à faire dans nos établissements puisqu’il n’est pas compatible et même en concurrence avec le produit  que nous sommes autorisées à vendre sous conditions de licence : l’alcool.

En tant que chefs d’entreprises et responsable de nos lieux, nous nous battons chaque jour pour refouler les dealers et les revendeurs. Ce n’est pas pour être sanctionnés demain en laissant entrer des clients qui ont déjà absorbés leurs produits ou portent sur eux des mini doses de celui-ci impossibles à détecter lors des fouilles que nos services de sécurité ne peuvent opérer qu’au prix d’infimes précautions selon la réglementation en vigueur.

Il faut légiférer  au plus vite. L’Etat doit lancer des campagnes d’information grand public et mobiliser les associations de santé jusque dans nos lieux. Il doit renforcer le partenariat avec les établissements de nuit en autorisant nos agents de sécurité ou ses propres effectifs à procéder à des contrôles plus stricts, dispenser des formations spécifiques sur ces nouvelles drogues ravageuses, développer et mettre à disposition des systèmes de dépistage des produits, mettre en place un guichet unique pour signaler les cas constatés. Il doit aussi et surtout prendre en compte la posture responsable des établissements et de leurs exploitants, exiger d’eux une obligation de moyens pour faire face à la menace et non une obligation de résultats pour atteindre un niveau zéro risque que nul ne peut garantir, pas même l’Etat lui-même.

Le SNEG & Co et ses partenaires du Collectif Action Nuit oeuvrent auprès des pouvoirs publics pour leur faire comprendre que la drogue est tout autant notre ennemi que le leur, que la liberté de nos commerces ne passe pas toujours par la liberté de nos clients et que la fermeture administrative ne peut être leur seule réponse.